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Chronique #10 La gueule de leur monde, de Abram Almeida

La gueule de leur monde, Abram Almeida

Depuis que je me suis lancée dans la rédaction de chroniques littéraires, j’ai pu voir combien cela pouvait être enrichissant. On découvre de véritables pépites parmi les parutions indépendantes ou des romans peu connus bien qu’en maisons d’éditions. J’ai découvert de nouveaux genres que je n’aurais peut-être pas lu auparavant, de nouveaux auteurs aussi… La gueule de leur monde n’a pas fait exception. Ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai lu jusqu’à présent et ce, pour mon plus grand plaisir.



Résumé :

Lorsqu’un jeune diplômé africain se décide contre tout bon sens à rejoindre la horde de migrants qui tente de traverser la méditerranée pour atteindre l’Europe, on se doute déjà que quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde. Mais comme tous ces indésirables fuyants la guerre, la famine ou Dieu sait quelle autre calamité dont seul le tiers monde a le secret, il a ses raisons. Il est pourtant bien loin de s’imaginer ce qui l’attend au cours de son périple où rien, mais alors vraiment rien ne se passe comme prévu. Dehors il y’a désormais des djihadistes qui redessinent la figure du monde à l’arme lourde, des forces de l’ordre qui ne savent plus où donner de la matraque, des malfrats de tous bords qui font des affaires avec des vies humaines, le tout dans le dos de gouvernements trop occupés à se refiler tout ce monde de misère envahissante. Notre héros lui ne voit pourtant aucune incohérence à toutes les invraisemblances de ce monde, c’est un Candide des temps modernes. Avec trois compagnons de route aussi touchants que comiques, il arpente les sentiers de la migration sans se soucier de ses dangers. Ces drôles de lurons arriveront-ils au terme de leur voyage ? Celui-ci en vaudra-t-il la peine ? Quoi qu’il en soit, l’Europe n’a qu’à bien se tenir… Ils arrivent !

Abram Almeida, 2018

Lorsque l’auteur Abram Almeida m’a proposé ce service presse – et je l’en remercie encore – je me souviens très bien de son message empreint de politesse et de modestie. « …si vous le trouvez intéressant, vous pourriez en faire une chronique… » voilà qui donnait encore plus envie de s’attarder sur la proposition.

Je suis donc allée lire l’extrait gratuit afin de me faire une idée de l’œuvre dont il était question et comment vous dire que, dès les premières lignes, j’ai été tout de suite emballée ? J’ai tout de suite aimé la plume de l’auteur et le caractère du personnage.

~ Un coup de gueule envers ce monde ~


La gueule de leur monde, c’est un roman sur l’absurdité et la cruauté de celui-ci. Un roman qui a su englober à lui seul toute la misère du monde. Misère dans tous les sens du terme.


Au début du roman, je souriais en voyant quelques termes que l’on retrouve également par chez moi (La Réunion). L’Afrique, ce n’est pas si loin après tout. Mais très vite l’histoire prend en gravité. Ce qui se présentait comme une grande aventure plus ou moins préparée se transforme en un véritable combat pour la survie. Car comme le dit si bien le résumé, rien ne se passe comme prévu, et ce qui s’y passe, on ne s’y attend pas. Tout comme ne s’y attendait pas Laser boy, surnom du héros et seule trace d’une identité propre au personnage.


« On partage beaucoup lorsqu’on voyage. On partage tellement qu’à la fin on n’a plus grand-chose de soi-même qui reste. Tellement qu’on a bu de la peine des autres et qu’on en a vomi la sienne. Elle vient peut-être de là, l’identité collective. »


Cette absence d’identité – on le comprend au fils des pages – est liée au phénomène de l’identité collective. Le héros le dit lui-même «…migrant c’est une identité collective, un peu comme étranger. » Il devient rapidement un migrant parmi les autres, s’inventant un passé, ou plutôt, une absence de passé. Il se raconte orphelin sans savoir que cela lui sera utile. Il n’est personne et n’a personne, hormis ces compagnons migrants eux aussi. Et il ne fait pas bon de s’attacher un peu trop à ces camarades de routes, car l’auteur nous rappelle bien vite que ce monde a une sale gueule et que ce n’est pas un parcours de santé sur lequel ces personnes se sont lancées.


La gueule de leur monde est un roman qui dénonce la situation des migrants et conte ce qu’ils doivent endurer pour essayer d’atteindre ce lieu où ils espèrent une meilleure vie.

Après avoir lu ce roman, on se dit qu’on n’aurait pas supporté le tiers de ce qu’ils doivent subir. Être migrant ce n’est pas une lubie pour embêter les autres, et ce roman est là pour nous le rappeler, nous en faire prendre conscience, nous faire réfléchir.

C’est un roman très documenté qui explique en détails le combat que doivent mener ces personnes pour pouvoir atteindre l’Europe – s’ils l’atteignent un jour. Parmi les mots clés de cette œuvre, on trouve celui de "témoignage", on comprend que rien n'est inventé, c'en est à vous glacer le sang. C’est un voyage suicide et pourtant ils l’entament quand même. Personne n’est épargné, ni homme, ni femme, ni enfants. Mais qu’importe ce qu’il se passe, prime la nécessité de continuer à avancer malgré tout, parce que si vous vous arrêtez, vous êtes mort, si vous hésitez, vous êtes morts.

Ce livre est dur et poignant. Criant de vérité sur la cruauté. Mais dans tout ça, la plume de l’auteur mêle fluidité et justesse, et permet de trouver la lecture de son œuvre extraordinaire, alors même que les faits qui s’y passent sont horribles et décrits de façon crue. Il ne tourne pas autour du pot et nous raconte cette histoire de façon brut et détachée à la fois. Le caractère du personnage, qui semble avoir un regard assez particulier sur tout ce qui lui arrive, permet étrangement de ménager le lecteur malgré tout, pour qu’il puisse arriver jusqu’à la fin de ce voyage qu’il aurait, autrement, peut-être trouvé insoutenable à poursuivre.


« On s’emmerdait plus à essayer de la changer la vie, personne ne se rappelle de comment elle était avant. On se contentait de la maquiller, de lui donner une belle gueule en somme. »


Le roman d’Abram Almeida est un roman d’actualité, il pointe du doigt tout ce qui ne va pas sur cette terre, de façon assez ironique et directe à la fois. L’humour noir dont fait preuve le héros – en tous cas c’est ainsi que je l’ai ressenti – permet de rendre la lecture moins éprouvantes faces aux nombreuses épreuves – et le mot est faible – auxquelles va devoir faire face le narrateur et ses compagnons de voyage.

Je dis humour noir mais peut-être est-ce uniquement une sorte d’innocence ? De naïveté ? L’auteur le présente après tout comme un Candide des temps modernes.


Au-delà de la situation des migrants, l’auteur dépeint un monde qui « ne tourne pas rond », qui va mal. Un monde où l’on s’invente une vie car la réalité est loin d’être belle.

Dans un monde régit par les réseaux sociaux, tout est dans le faux semblant, l’artifice. C’est le tableau du monde d’aujourd’hui, de moins en moins humains, mais où cependant, quelques personnes sortent du lot, laissant une lueur d’espoir.


Après avoir suivi Laser boy dans son périple, j’ai été émue en lisant la fin. Je ne peux rien dire de plus car je ne veux pas vous spoiler mais c’est un livre que je recommande à tous. Il devrait être d’avantage connu, tant pour le fond que pour la forme.

L’auteur a su traité un sujet des plus complexe et difficile avec brio et faire d’un récit glaçant un roman qu’on a du mal à lâcher. On retient son souffle, on se demande si le héros et ses compagnons vont arriver à la fin du voyage. Ou plutôt, quelle en sera la fin pour eux.


Je vous laisse le découvrir, mais pour ma part, je suis heureuse d’avoir découvert la réalité de ce voyage d’un autre type, le voyage de ceux qui prennent « ces bateaux de la mort précisément parce qu’ils voulaient vivre. »

Alors ? Vous laisserez-vous tenter par ce roman ? L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? Dites-moi tout !




Ma note : 9/10 ♥





Ce service presse a été mis en place via la plateforme SimplementPro

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